Skip to main content

Full text of "Un mariage au téléphone; comédie en un acte"

See other formats


Hennequin, Maurice 

Un mariage au 
téléphone 







PQ 

2615 

E4M37 





k 



38.j3.UEDU JÎEQUINAGE 
X3ItUXKXJUK 



UN 

MARIAGE AU TÉLÉPHONE 

COMÉDIE 

tseee pour la première fois, à Bruxelles, sur le théâtre du Vaudivuxi» 

le 31 janvier 1888. 



MAURICE HENNEQUIN 



UN MARIAGE 

AU TÉLÉPHONE 

COMÉDIE EN UN ACTE 




PARIS 

LIBRAIRIE THÉÂTRALE 

30, RUE DE GRAMMONT, 30] 

Tous droits de traduction, de reproduction et de représentation réservés pour tous 
les pays y compris la Suède et la Norvège. 




PERSONNAGES 



RISSOLET, 60 ans, notaire. 

EDOUARD DE CHÈVREFEUILLE, 26 ans. 



uN 

MARIAGE AU TÉLÉPHONE 



Grf mon ami A ndré Mellerio 



Le théâtre représenta la cabinet de travail de Rissolet. — Deux 
portes : au fond et à gauche. — A. droite, un bureau chargé de 
papiers. — Au mur, à gauche, un téléphone. — Canapé, chai- 
las, casiers, etc.. 



SCENE UNIQUE 
RISSOLET, puis EDOUARD. 

An lever du rideau, Rissolet est à la porte de gauche et parle à la 
cantonade. 

RISSOLET, une feuille de papier à la main. 

Faites encore une copie du contrat... mais laissez les 
noms en blanc ; je les écrirai moi-même !... (Fermant 

la porte et allant s'asseoir à son bureau.) Voyons si Ce Contrat 

•de mariage est bien en règle... (Lisant.) l'ar devant mai- 
ire Rissolet et son collègue maitre Coibin, notaires, ont 
comparu... 



6 UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 

EDOUARD, se montrant par la porte du fond. 

Maître Rissolet, s'il vous plaît ? 

RISSOLET. 

C'est moi, monsieur 1... 

EDOUARD, entrant, une valise A chaque main, un plaid «aria 
bras gauche et un Bottin sous le bras droit. 

Je m'en doutais ! . . . Permettez-moi d'abord de déposer 
mes valises... 

RISSOLET, se levant, ahuri, A part. 

Gomment, ses valises ? 

EDOUARD. 

Oh I ne vous dérangez pas, je vais m'asseoirl... 

RISSOLET. 

Ah! ça! monsieur... 

EDOUARD, s'as seyant devant le bureau. 

Monsieur, vous avez devant vous un homme qui a 

60Îf... 

RISSOLET, se levant. 

Mais une étude n'est pas un café, monsieur !... 

EDOUARD. 

Je m'en suis toujours douté t. .. De grâce, monsieur, 
asseyez-vous et ne m'interrompez pas ! 

RISSOLET, s'asseyant. 

Cependant, monsieur... 

EDOUARD. 

Je suis excessivement pressé !... Monsieur, vousavex 
devant vous un homme qui a soif de vengeance 1 

RISSOLET, se levant. 

Monsieur, il y a des heures où je ne déteste pas la 
plaisanterie i... 



UN MAf'.IAGE AU TÉLÉPHONE 7 

EDOUARD. 

Ça prouve que vous êtes gail... Et j'adore les notai- 
res gais 1 . . , Mais au nom du ciel, asseyez-vous ! . . . 

RISSOLET, s'aBseyant, furieux. 

Monsieur... 

EDOUARD. 

Maintenant, je continue.... Monsieur, hier à la même 
heure j'étais en pleine mer, mais pas à la nage, comme 
vous pourriez le croire ! ... Je me promenais sur le pont 
d'un steamer qui revenait de Buenos-Ayres, capitale 
de la République Argentine, 180,000 habitants, com- 
merce considérable de cuirs, de peaux, de suif et de 
viandes salées 1... 

RISSOLET, ahuri, à lui-mêrao. 

C'est un professeur de géographie!... 

EDOUARD. 

Nous filions donc, à toute vapeur, vers les eûtes de 
France, et j'étais joyeux, tout à fait joyeux, étonnam- 
ment joyeux I... 

RISSOLET. 

Cette histoire est sans doute fort intéressante... 

EDOUARD, continuant. 

A sept heures, trente-deux minutes, vingt-huit se- 
condes du soir, nous débarquions à Bordeaux. Je ne 
vous cacherai pas plus longtemps que mon cœur bat- 
tait fort, lorsque je me sentis sur le sol natal, car je suis 
Français, des pieds à la tête, de la tête, surtout . 

RISSOLET. 

Monsieur, la patience a un terme... 

EDOUARD. 

Elle est bien heureuse de n'en avoir qu'un... (conti- 
nnuit.) Mon premier soin, en débarquant, fut... (ch»a- 



8 UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 

(reani de ton.) Au fait, devinez quel fut mon premier 
soin ?... Non I Vous ne trouverez pas !... (continuant.) 
.Mon premier soin fut d'acheter le Figaro !.. 

RISSOLET, à part. 

Ça m'a l'air d'un toqué I... Ne le contrarions pas!... 
(Haut, comme avec intérêt.) Ah! votre premier soin fut... 

EDOUARD. 
... D'acheter le Figaro l... (D'une voix navrée.) Hélas! 

monsieur, qu'y lus-je ?... 

RISSOLET, ne comprenant pas, à lui-même. 

Comment? Qu'y lus-je? 

' EDOUARD, sans l'entendre 

J'y lus... 

RISSOLET. 

J'y lus?... Ah! je comprends!... 

EDOUARD, étonné. 

Qu'est-ce que vous comprenez? 

RISSOLET. 

Qu'y lus-je ?... 

EDOUARD, à part. 

Dieu! que ce notaire est bête! (Reprenant avec éclat.: 
Eh bien, je lus qu'elle allait se marier! oui, monsieur, 
se marier avec un autre !... (Tout à fait furieux.) se ma 
rier! 

RISSOLET. 

Qui, se marier? 

EDOUARD. 

Mais elle, parbleu !... Qui voulez-vous que ce soitT 

RISSOLET, ahuri. 

Au fait... (Apart.)Il est complètement toqué !. 



UN MARIAGE AU TELEPHONE 9 

EDOUARD. 

' Et savez-vous qui elle épouse ?... Je vous le donne 
en mille !... 

RISSOLET. 

Vous me le donneriez même en dix... 

EDOUARD. 

Elle épouse un de mes amis, un petit gros ridicule 
qui mange comme quatre, boit comme dix et a de l'es- 
prit (Avec dédain.) comme un notaire ! 

RISSOLET, reié. 

Eh ! dites donc, monsieur!... 

EDOUARD. 

Ah ! voilà bien les femmes !... Et j'ai été assez naïf 
pour croire à sa parole, à ses serments ! Oui, monsieur, 
j'y ai cru! Qui donc n'a pas cru à ces serments-là, au 
moins une fois dans sa vie. Vous-même, vous avez dû 
aimer? 

RISSOLET, satisfait. 

Mon Dieu... 

EDOUARD, sévèrement. 

Vous êtes trop vieux pour vous en souvenir 1 

RISSOLET, furieux. 

Trop vieux ?... 

EDOUARD, avec chaleur. 

Mais si vous l'aimez, me demanderez-vous, pourquoi 
ne pas l'avoir épousée, pourquoi être parti pour Bue 
nos-Ayres? 

RISSOLAT, le plus en [ilus furieux. 

Je vous ferai observer que je ne vous demande rien 
du tout !... 

EDOUARD. 

Pourquoi, respectable tabellion? Parce que j'étais 



10 UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 

sans fortune, que je n'avais pas un sou devant moi!... 
Si encore j'en avais eu derrière, je n'aurais eu qu'à 
me retourner! Mais je n'avais rien t Et vous compre- 
nez que si j'avais osé demander sa main, son père 
m'eût accordé (Geste d'un coup de pied.) son pied quelque; 
part !... 11 fut donc convenu entre elle et moi, un soir 
que nous nous rencontrâmes au bal, que j'irais tenter 
fortune en Amérique. Je vous attendrai, me dit elle, 
avec cette voix douce que vous ne connaissez pasl... 
Je vous attendrai, partez! (Furieux.) Partez! (Très calma, 

•e levant.) Je pars !... 

RISSOLET, se levant, à part. 

Ouf, ce n'est pas malheureux ! 

EDOUARD, se rasseyant. 

Je pars ! lui répondis-je !... Et je partis !... 

RISSOLET, furieux, à part, se rasseyant. 

Il se réinstalle ! 

EDOUARD. 

Mon absence a duré un an, huit mois et deux jours, 
(plus vite.) J'ai visité le Brésil, le Chili, le Pérou, la Co- 
lombie, le Venezuela, le Paraguay, l'Uruguay et la Plata. 
J'ai spéculé sur les farines, le sucre, le café, le coton, le 
guano, le suif, le cacao, le caoutchouc, les bêtes à cor- 
nes et sans cornes, l'or, l'argent, le cuivre et la houille; 
bref, j'ai fait plus ou moins honnêtement fortune; mai* 
en Amérique, on n'a pas le choix I 

RISSOLET, à part. 

U aurait bien dû y rester ! 

EDOUARD, furieux. 

Et quand je reviens, j'apprends qu'elle m'a trahit 
C'est horrible ! C'est épouvantable ! Ah ! je vous le ré- 
pète, j'ai soif de vengeance... j'en ai la pépie t..* 
Voyons, que feriez- vous à ma place ?... 



UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE H 

KISSOLET. 

Je quitterais d'abord cette étude sans plus tarder!... 

EDOUARD, se levant. 

Ah ! je vous comprends I vous iriez confondre l'in- 
iâme, lui reprocher... (Se rasseyant.) Jamais I ma dignité 
s'y oppose l 

RISSOLE T, qui s'est levé, se rasseyant, a part. 

Il ne s'en ira donc pas? 

EDOUARD, se levant. 

Ou bien provoquer l'autre, nousbattre!(S3 rasseyant.) 
Jamais, non plus : il est plus fort que moi !... Mais 
rassurez-vous, j'ai trouvé ma vengeance. Moi aussi, 
je vais me marier, à la même heure, dans la même 
église, à une chapelle voisine de la nef !... 

RISSOLET, se levant. 

Il me reste à vousprésenter les complimentsd'usage, 
d'autant plus que si la personne est jolie... 

EDOUARD, se rasseyant. 

Je ne la connais pas 1 

RISSOLET, à part, furieux. 

Il se rassied encore !... (Haut.) Ah 1 ça, monsieur, 
aurez -vous bientôt fini de me raconter toutes vos his- 
toires?... 

EDOUARD, très digne. 

Ah 1 Maître Rissolet, pas un mot de plus, car vous 
me feriez regretter de vous avoir choisi dans le Bottin' 

RISSOLET. 

Enfin, monsieur, que voulez-vous ? 

EDOUARD, se levant. 

Ce que je veux ? J'ai l'honneur de vous demander 
la main de la fille d'un de vos clients, n'importe le- 
quel ' 



il UN MAhlAUK AU TELEPHONE 

RISSOLET, éclatant de rire. 

Par exemple ! 

EDOUARD, très vite. 

Je ne vous parlerai ni de mon physique, ni de mon 
caractère, car ma modestie m'empêche d'en dire tout 
le bien que j'en pense -, quant à ma fortune, je possède 
quatre cent cinquante-deux mille trois cent soixante- 
cinq francs, (Comptant les sous qu'il a dans son gousset.) et 

vingt-cinq centimes. 

RISSOLET, furieux. 

Vous posséderiez même un million !... 

EDOUARD, digne. 

Fi ISeriez-vous un homme d'argent ? Voyons, quelle 
est la jeune personne que vous avez à me proposer ? 

RISSOLET, se levant. 

Monsieur, je suis notaire et non pas agent matrimo- 
nial !... 

EDOUARD. 

Maitre Rissolet, c'est parce que je méprise ces sor- 
tes d'agents que je m'adresse à vous! Il arrive souvent 
qu'un père de famille qui a une fille à caser, demande 
à son notaire s'il n'a pas un bon petit jeune homme 
dans sa clientèle!... c'est moi!... Mais dépêchons-nous, 
car l'autre se marie dans quinze jours, et le temps de 
publier les bans, d'acheter la corbeille... 

RISSOLET, hors de lui, se levant. 

Monsieur, voilà trente ans que je suis notaire et 
c'est la première... 

EDOUARD, le prenant par les épaules et le forçant à se ras- 
seoir. 

Voulez-vous bien vous asseoir, une fois pour tou- 
tes I 



UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 13 

RISSOLET, n'en pouvant plus. 

De la violence ? Sortez, monsieur... 

EDOUARD, tirant un revolver. 

Notaire de mon cœur, si dans cinq minutes tu ne 
m'as pas trouvé une femme, je t'occis comme un sim- 
ple bison des pampas !... 

RISSOLET, d'une voix étranglé». 

Je vais faire chercher la police !... 

EDOUARD, très calme. 

Soit, mais quand elle arrivera, elle ne trouvera 
plus qu'un cadavrede notaire, gisant sur ce parquet!... 

Il pose son revolver sur le bureau. 
RISSOLET, tremblant. 

Assassiner un notaire !... 

EDOUARD 

Oh ! le jury acquittera !... 11 acquitte toujours pour 

un notaire !... (Prenant un livre d'adresses qui se trouve sur 

le bureau de Rissoiet.) Voilà ton livre d'adresses : cher- 
che !... 

RISSOLET, saisissant avec une joie sauvage le revolver 
d'Edouard et la vi-ant. 

Misérable assassin, je te tiens !... 

EDOUARD, très calme. 

Il n'est pas Chargé... (TiraM un autre revolver de sa po- 
che et visant Rissoiet.) Ce n'est pas comme celui-ci 

RISSOLET, effrayé, remettant le revolver sur la table. 

Sapristi ! Pas de bêtises 1... 

EDOUARD, le visant. 

Une fois, deux fois... 

IUSSOLET, avec effroi. 
Arrêtez I... Arrêtez !... (Ouvrant vivement au hasard son 



14 UN MARIAGE AU TELEPHONE 

livre d'adresses et lisant très vite.) Durand, Durandard, Dli 

TOndeau... 

EDOUARD, remettant ses revolvers dans sa poche. 

Ont-ils des filles, tous ces Durand-là ? 

RISSOLET, d'une voix faible. 

Oui, tous les trois !... (a part.) Je n'en puis plus !... 

EDOUARD, joyeux. 

Parfait 1... Jolies? 

RISSOLET. 

Pas mal !... La première louche quelque peu ; la 
seconde a l'épaule droite un tantinet plus haute que 
l'épaule gauche; quant à la troisième... 

EDOUARD, effrayé. 

Elle est bossue ? 

RISSOLET. 

Non 1 mais ce n'est pas un aigle. 

EDOUARD. 

Oh ! je ne tiens pas plus que ça à épouser un aigle ! 
Et pourvu qu'elle ne soit pas une oie !... Allons, je 
choisis mademoiselle Durandeau I... (joyeux.) Rissolet, 
c'est toi qui feras le contrat !... 

RISSOLET. 

Je ne l'aurai pas volé. 

EDOUARD. 

Voyons. Occupons-nous maintenant de mademoi- 
selle... Quel est son petit nom? 

RISSOLET. 

Virginie 1... 

EDOUARD. 

Virginie?... (Galamment.) Ah ! je regrette de ne pau 
m'appeler Paul !... 



UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 15 

RISSOLET, se levant comme pour sortir. 

Je vais aller trouver son père. 

EDOUARD, tirant sou revolver et le visant. 

Rassieds-toi, ou tu es mort !... 

RISSOLET, se rasseyant vivement. 

Voilà ! (a part.) Ça n'a pas pris !... 

EDOUARD. 

Ah ! Tuveux donc m'échapper, vieux Machiavel ! Je 
te préviens charitablement que si tu recommences, je 
fa;s feu. 

RISSOLET. 

Comment diable voulez vous que j'aille voir M. Du- 
randeau, si vous ne me permettez pas de bouger ? 

EDOUARD, apercevant le téléphone, à part. 

Un téléphone ?... Oh ! quelle idée!... (Haut, légère- 
ment.) Ce Durandeau est-il un homme de progrès ?En- 
fin, est-il abonné au téléphone ? 

RISSOLET, ne comprenant pas. 
Oui ! (Devinant la pensée d'Èlouard.) C'est-à-dil'e. .. 

EDOUARD, jouant avec son revolver. 

Tu as dit oui, d'abord ! (Examinant son revolver.) Terri- 
bles, ces balles à la dynamite !... 

RISSOLET, à part, effrayé. 

Que c'est bête de jouer avec ces choses-là I 

EDOUARD, feignant d'être surpris, jouant toujourgavecle 
revolver, très aimable. 

Comment, maitre Rissolet, vous n'êtes pas encore au 
téléphone ? 

RISSOLET. 

Quoi, vous voulez ?... 



f6 UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 

EDOUARD, arec un sourire, le visant. 

Je vous en prie... 

RISSOLET, vivement. 
J y vais !... (il va au téléphone et poussa le bouton d'appel, 

à part.) J'en ferai une maladie, c'est sûr I 

EDOUARD. 

Un mariage au téléphone !... C'est original, au 
moins ! 

RISSOLET. 

Voilà trente ans que je suis notaire et c'est la pre- 
mière fois... 

On entend la sonnerie du téléphone. 
EDOUARD. 

Maître Rissolet, on sonne ! 

RISSOLET, parlant au téléphone. 

Allô I allô !.. Mademoiselle, voulez-vous me mettre 
en communication avec M. Durandeau, 180, rue Tait- 
bout. (A part, se retournant du côté du public.) Il Va Croire 

que je deviens fou ! 

EDOUARD, à lui-même. 

Ah ! l'infidèle ! Quand elleme verra entrer à l'église... 

(Sonnerie. — Haut à Rissolet.) Dépêchons, maître Rissolet, 

dépêchons... 

RISSOLET, à part. 

Quelle situation pour un notaire !... (Parlant au télé- 
phone ei écoutant.) Allô !... Allô!... C'est vous, mon cher 
M. Durandeau?... Oui!... Pas mal et vous?... Toujours 
vos rhumatismes?... Ma femme va bien, merci!... Et 
madame Durandeau ?... 

EDOUARD. 

Ah ca ' quand vous aurez fini de nous donner de 
▼os nouvelles. 






UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 17 

RISSOLET, sa retournant, à Edouard. 

Je ne peux pourtant pas à brùle-pourpoint... En- 
fin !... (pariant au téléphone.) Voulez-vous marier votre 

fille? (Écoutant, puisse retournant, à Edouard.) Avec joie I 
EDOUARD. 

bonheur!... 

RISSOLET, parlant au téléphona. 

J'ai justement sous la main un assassin... (s« r« P re' 
nant.) un charmant jeune homme!... C'est très pressé! 
(Écoutant, puis répondant.) S'il est de bonne famille? 

Éuon ard. 

Excellente !... un de mes aïeux a failli aller aux 
croisades. 

RISSOLET, parlant au téléphone. 

Excellente!... Un de ses aïeux a failli aller aux croi- 
sades!... Sa fortune?... Quatre cent cinquante-deux 
mille trois cent soixante cinq francs et des centimes!... 

EDOUARD. 

La dot de la jeune personne? 

RISSOLKT, an téléphone. 
Allô! Allô t.. . La dot? (Écoutant, puis répétant.) Vingt 

mille francs 1 

EDOUARD. 

De rente ? 
Non, de dotl 



RISSOLET. 



EDOUARD. 



Sapristi, c'est maigre!... Pourvu qu'elle ne soit pal 
comme sa dot! (a Rissoiet.) Enfin, ça m'est égal! 

RISSOLET, au téléphone. 

Et à moi donc!. . (se reprenant.) Je veux dire que ça 



lh UN AlAUlAGfc AU TÉLÉPHONE 

lui est égal (Écoutant.) Hein?... Que nous venions diner^ 
ce soir? Bien!... (a Edouard ) Il nous invite à dîner, il a 
j:>!eraent quelques amis et une dinde I... 

EDOUARD. 

Accepté!... 

RISSOLET, au téléphone. 

Allô! allô! C'est entendu! A six heures et demie... 
Mille choses à ces dames!... 

EDOUARD, gaiement. 

Voilà l'affaire bAclée!... Ah! ce mariage s'annonce 
sous les plus heureux auspices! 

RISSOLET, redescendant en s'épongeant le front. 

Ouf!... Si mes clercs me voyaient!... 

EDOUARD, regardant l'heure. 

Déjà cinq heures passées!... Diable!... (Ouvrant une ds 

p} ; valises et en tirant un habit noir qu'il pose sur le canapé.) Je 

n'ai que le temps de passer un costume de circons- 
tance !... 

RISSOL ET, ahuri. 

Comment? Vous allez vous habiller ici ' 

EDOUARD, se déshabillant. 

Je n'ai pas le temps d*aller à l'hôtel. 

RISSOLET. 

£t si une cliente entrait?... 

EDOUARD. 

Je la recevrais... avec mon plus gracieux sourire! 

RISSOLET, voulant l'empêcher de sa déshabiller. 

Mais, monsieur, on n'a pas idée d'un sans-gène pa- 
-eiî. 

EDOUARD, continuant à se déshabiller. 

Je ne me gène jamais... chez les autres 1 



UN MAKI AGE AU TÉLÉ1MI0NE 19 

RISSOLET, h.rs de lui. 

Ah ça ! monsieur, vous voulez donc finir par me faire 
tourner en bourrique ? 

EDOUARD, qui a ôté sa veste et son gilet. 

Vous n'avez pas besoin de moi pour çal 

RISSOLET. 

Monsieur, je suis notaire I... 

EDOUARD, fouillant dans sa valise. 

A qui le dites-vous!... Sapristi I... J'ai oublié mes 
chemises à Bordeaux!... 

RISSOLET. 

Allez les chercher!... 

EDOUARD. 

Dites donc, vous ne pourriez pas m'en prêter une? 

RISSOLET, hors de lui. 

Il veut mon linge, à présent! J'aimerais mieux la 
manger, entendez-vous !... 

EDOUARD, ouvrant 1 autre valise." 

Une chemise de notaire?... Vous vous empoisonne- 
riez!... (Poussant un cri.) Caïamba!... 

RISSOLAT, à part. 

Il est enragé!... Si je pouvais renvoyer chez Pas- 
teur! 

EDOUARD, tirant uie photographie de la valise. 

Le portrait de l'infidèle!... Ah! la voilà bien avec 
ses jolis 3 - eux, son joli petit nez, sa jolie petite bou- 
che... (^'adressant au portrait.) Je te hais ! je tehais! je te 
nais! ! ! (Donnant le portrait à Rissoiet.) Tenez, je ne veux 
plus la voir!... 

RISSOLET, regardant le portrait. 

Hein!... Mais je ne me trompe pas 1 



20 UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 

EDOUARD. 

Comment? Vous connaissez mademoiselle Jeanne de 
Follavoine? 

RISSOLET. 

Si je la connais : c'est ma nièce !... 
i 

EDOUARD. 

Vous êtes son oncle? 

RISSOLET. 

Dame! il y a des chances !... 

EDOUARD, remettant vivement ses effets pêle-mêle dans sa 
valise. 

Malédiction 1 Elle a un oncle qui est notaire I et je 
tombe dessus!... 

RISSOLET, se souvenant. 

Attendez donc, ne vous nommeriez- vous pas Edouard 
da Chèvrefeuille ? 

EDOUARD. 

Charles-Alfred-Edouard de Chèvrefeuille? En effet l... 

RISSOLET, ahuri. 

Vous n'êtes donc pas mort?... 

EDOUARD, ahuri. 

Pas que je sache!... 

RISSOLET. 

Mais le bruit de votre mort a couru ! 

EDOUARD. 

Et personne ne l'a anêté? 

RISSOLET. 

On a- même prétendu que vous aviez été mangé par 
un Teau-Rouge! 

EDOUARD. 

Mais c'est moi qui l'ai mangé I 



UN MARIAGE AU TÉLÉPHONE 11 

RISSOLET. 

Et Jeanne qui vous a pleuré I 

EDOUARD, «m«. 

Elle m'a pleuré? 

RISSOLET. 

Pendant trois moisi 

EDOUARD, de plus en plus «mu. 

Un terme! 

RISSOLET. 

Elle ne voulait pas épouser le baron Zéphirin de la 
Barrette ! Ce sont ses parents qui lui ont fait entendre 
raison... 

EDOUARD, joyeus. 

Ce sont ses parents?... Ah! notaire!... Ah! son on- 
cle !.. (L'embrassant.) Et moi qui l'accusais!... 

RISSOLET. 

Mais, sapristi, vous m 'étouffez!... 

EDOUARD, remettant son gilet et son paletot. 

Je vais aller trouver mon ami le baron Zéphirin de 
la Barrette... Je lui raconterai... 

RISSOLET. 

Non! J'irai moi-même 1 

EDOUARD. 

J'aime mieux ça! C'est un imbécile, vous vous com- 
prendrez facilement!... Ah! chère Jeanne, quelle joie!... 

Sonnerie au téléphona. 
RISSOLET, subitement. 

Sapristi I Et ces Durandeau !... 

EDOUARD. 

Tiens, je les oubliais!... 



22 UN M À RI AGE Al) TÉLEPtlONB 

H i s s L K T • 
C'est peut-être le père qui me demande? (Allant a» 

téléphone.) Allé)! Allô ... Qui est là?... (il écoute, pui» a» 
retournant vers Edouard.) C'est lui!... 

EDOUARD, à RUsolet qui écouta. 

Que dit-il? 

RISSOLET, à Edouard. 

Que j'ai oublié de lui dire le nom du prétendul... 

EDOUARD, allant vivement au téléphone et prenant la place da 
Rhsolet. 

Attendez, je vais lui répondre... (Parlant au téléphone.) 

Allô!... Allô ! ... Tout est rompu... mille regrets... On 
me croyait mort à cause du Peau-Rouge, mais c'est moi 
qui l'ai mangé. 

RISSOLET, se précipitaat vers le téléphone. 

Qu'est-ce qu'il va penser, mon Dieu! 

EDOUARD, gaiement. 

Bah! il se consolera avec sa dinde!... 

Sonnerie. 
RISSOLET, parlant au téléphone. 

Allô! Allô! c'est moi. (Écoutant.) Hein? Vous le direz à 

maître Rissolet?... (Redescendant à Edouard en riant.) Voyez, 

il croit que c'est un de mes clercs 1 

Sonnerie. 
EDOUARD, riant. 

Elle est bien bonne!... (sonnerie ) Encore?... (Allant au 

téléphone.) Allô! Allô!... Flûte ! (Redescendant et prenant se» 

valises.) Et maintenant, filons! Pauvre Jeanne! Ce qu'elle 
va être surprise! 

RISSOLET. 

Et son contrat que j'étais en train de faire quand voui 



UM MARIAGE AU TÉLÉPHONE "T 

êtes arrivé! (Allant le prendre sur son bureau.) Heureuse- 
ment que j'ai laissé les noms en blancl 

EDOUARD. 

Ah! son oncle, vous êtes le plus grand des notai 
res! Aussi, je vous offrirai un jaguar! 

RISSOLET, effrayé. 

Un jaguar dans une étude?... 

EDOUARD, l'entraînant par le fond. 

Rassurez-vous : il est empaillé I... 



ai «••». 



PQ Hennequin, Maurice 

2615 Un mariage au téléphone 

E4M37 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY